Hamas : pourquoi Yahya Sinwar a perdu sur tous les fronts


15 novembre 2023

Le 7 octobre, Yahia Sinwar était sûr de très bien connaître les deux protagonistes de la guerre qui s'annonçait : le Hamas, bien sûr, mais aussi Israël. Son passage, de vingt-deux ans tout de même, dans les geôles israéliennes pour l’enlèvement et le meurtre de deux soldats israéliens, ainsi que pour le meurtre de quatre palestiniens soupçonnés d’aider Israël, avaient renforcé ce sentiment. C’est dans les prisons israéliennes que Sinwar a appris l’hébreu, appréhendé la politique et la société du pays et obtenu les outils pour devenir un leader éminent du Hamas. C’est aussi pendant cette période en prison qu'il a survécu à un grave accident cardiaque et a été opéré avec succès d’une tumeur cérébrale, par des médecins israéliens.

Au bout de vingt-deux années de détention, en 2011, Sinwar fait partie des plus de mille prisonniers relâchés en échange du soldat israélien Gilad Shalit, capturé en 2006. Libre, il retourne à Gaza et gravit tous les échelons du Hamas, où il est connu pour punir de tortures cruelles ceux qui s’opposent à lui ou qui collaborent avec Israël. Son surnom: "Le boucher de Khan Younes"… Mais le 7 octobre, en organisant ce pogrom, Sinwar a transformé pour toujours le Hamas mais aussi Israël. En fomentant ces attaques, Sinwar a, sans le savoir, méthodiquement planifié le suicide de son organisation. Les chances pour le Hamas de devenir le représentant légitime des Palestiniens sont désormais réduites à néant. Le Hamas dans son ensemble, branches politique, militaire et sociale, va s’effondrer et ne pourra en aucun cas être un interlocuteur dans des négociations futures.

Parallèlement, l'État hébreu a lui aussi subi une transformation : l’Israël du 7 octobre n’est plus celui du 6 octobre. L'Etat a compris qu’il doit parler le langage du Moyen-Orient. Qu'il ne peut plus utiliser ce mode de pensée occidental, celui qui ne comprend pas la réalité de ce qu’il endure depuis sa création en 1948 et dont les effets se répercutent sous forme d'un antisémitisme sans frontière un peu partout dans le monde.

Sinwar, qui ne contrôle plus rien, multiplie les erreurs de jugement. Ses demandes répétées de cessez-le-feu en sont un exemple : il était sûr qu’Israël, meurtri par les massacres du Hamas, par les prises d’otages et par la perte de ses soldats à Gaza, se précipiterait pour l'accepter. Or, c'est tout le contraire qui se produit : au nom de "plus jamais ça", Israël mobilisé derrière son armée est prêt à se battre jusqu’au bout pour éliminer le Hamas et libérer les otages. De plus, Israël veut prouver, aujourd’hui plus que jamais, qu’il est et reste un abri pour les Juifs du monde entier.

Sinwar a perdu sur tous les fronts. Sinwar le "mort vivant" est dans la ligne de mire d’Israël. Le compte à rebours a commencé. Lui et ses acolytes seront capturés morts ou vivants, où qu’ils se trouvent dans le monde. En fin de compte, Yahya Sinwar connaissait bien mal Israël : jamais il n’aurait pu envisager une telle union de sa société. Au nom de tous ceux qui ont été massacrés le 7 octobre.

MOHAMMED ABED / AFP

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